Rajaud, de Caylus à Vicién

Mercredi 2 novembre 2011, sur Le blog des Editions la Brochure

 

La Mairie de Caylus va inaugurer une rue au nom de Maurice Rajaud, au moment où on célèbre le 75ème anniversaire du début de la Guerre civile espagnole et les 80 ans de la première république de ce pays.

Yves Vidaillac a contribué en 1996 à faire connaître le cas de ce jeune membre des Brigades internationales mort en Espagne dès le début du conflit le 10 ou le 11 septembre 1936. Il vient de retrouver une note de Marcel Maurières indiquant qu’il est enterré à Vicién en Aragon. J’ai essayé de retrouver quelques éléments sur la bataille dont le village fut le cœur.

 

Premier élément

Si Maurice Rajaud est parti avec le Secours Rouge international et comme communiste, arrivé à Barcelone il a aussitôt intégré les colonnes anarchistes des Brigades (Ascaso, Durruti) pour partir sur le front d’Aragon. C’est sans doute ce qui explique qu’il soit inscrit dans une liste de militants anarchistes[1].

Une femme espagnole, Maria Martínez Sorroche[2] de la colonne “Aguiluchos”, a témoigné en France en 1997, de la situation à Vicién en septembre 1936, et elle explique la nature de cette colonne Ascaso qui à partir de son poste de défense voulait reprendre Huesca aux Franquistes :

« Au cours d’une attaque sa colonne découvre une belle grange et une maison qui ressemblait à un petit palais où il y avait un groupe de camarades étrangers. Il s’agissait surtout de jeunes qui étaient venus à Barcelone à l’occasion des Jeux Olympiques des Travailleurs, quelques uns venant de Paris où ils étaient des réfugiés Allemands ou Italiens qui fuyaient le fascisme. »

Elle ne parle pas de Français présents, mais ils parlaient tous français et elle-même ayant quelques souvenirs de cette langue suite à un séjour à Vaulx-en-Velin, elle permit aux deux colonnes de se comprendre. Les brigadistes avaient une mitraillette amenée d’une caserne de Barcelone entre les mains d’une femme qui empêchait ainsi les Franquistes de Huesca de sortir de la ville. Sa colonne d’Espagnols venait de l’Hospitalet et était presque sans arme.

En juillet 1936 l’importante ville de Huesca est tombée aussitôt entre les mains des Franquistes, mais pas Barbastro et la campagne alentour. En conséquence les colonnes de Barcelone (dont celle de Durruti) sont venus encercler Huesca pendant des mois. Une action cependant peu organisée aussi bien en matière d’intendance que d’armes. L’aviation officielle venue de Barcelone aidant les combattants qui ne purent cependant reprendre la ville.

Maria s’imposa comme infirmière sans les outils nécessaires et fut contrainte de soigner d’abord de grands brûlés venant d’un village voisin Almudevar.

Huesca est un important carrefour de routes. Vicién est sur une petite route vers le sud à 10 km de la capitale tandis qu’Amudevar est sur celle de Saragosse un peu plus à l’ouest.

 

Deuxième élément

Maurice Rajaud venant de sa campagne a dû être surpris de se retrouver au milieu d’Européens dont le grand courage égalait l’inexpérience. Le journal ABC qui était alors du côté des républicains avait un journaliste à Vicién au moment du décès de Rajaud. Il écrit ceci le 13 septembre 1936 :

« Je vous écris de Vicién, le dernier village qu’on rencontre avant d’arriver à Huesca, par la voie ferrée. Les Républicains contrôlent cette voie de la route ce qui fait que les factieux n’ont de lien avec l’extérieur que celui de leur Aviation qui les trompe en envoyant des tracts qui les incitent à résister en attendant l’arrivée de renforts. La lutte continue d’être favorable à nos troupes. Notre aviation a procédé avec grande efficacité à des bombardements sur les lignes ennemies en détruisant un convoi près d’Almudevar et deux dépôts d’essence. » Est-ce cette destruction de dépôts d’essence qui a provoqué les grands brûlés soignés par Maria ?

Nous savons que de tels articles optimistes seront vite démentis…

29-10-2011 Jean-Paul Damaggio

 

Hommage à Marcel MAIGROT, ancien brigadiste.

Hommage à Marcel MAIGROT, ancien brigadiste.

Samedi 9 juillet à NANTES

Cliquez sur la photo pour atteindre la galerie des photos de cet événement !

Nous avons rendu hommage à Marcel MAIGROT à NANTES en présence de sa veuve Renée et de ses amis. Ce fut un hommage émouvant. 

A la cérémonie étaient représentés :

  • Le Maire de Nantes en la personne de Gérard FRAPPIE, Adjoint chargé de la Mémoire,
  • L'ARAC,
  • L'Union départementale de la CGT,
  • Le Comité du souvenir des Fusillés de Chateaubriant et Nantes et de la Résistance.

L'ACER a déposé une gerbe et une plaque (voir photos) sur la tombe.

Pour rendre compte de cet hommage au cimetière du Parc nous joignons quelques photos (à venir) et le discours prononcé à cette occasion par Jean-Paul CHANTEREAU, Secrétaire général adjoint de l'ACER.

Merci à Manuel DURAN, délégué régional de l'ACER et à Joël BUSSON Président du Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance, pour l'organisation de cet hommage à Marcel MAIGROT.

 

Discours de Jean-Paul CHANTEREAU, pour l'ACER

 

Madame, Monsieur le Maire, Chers amis et chers camarades,

 

C’est dans sa centième année que Marcel MAIGROT, ancien volontaire engagé dans les BI nous a quittés à la fin du mois de  mai de cette année.

Marcel MAIGROT est de cette génération qui s’est sentie et interpellée et concernée après les événements, après le coup d’état de la hiérarchie militaire espagnole le 18 juillet 1936, avec, à sa tête, les généraux Mola et Franco, contre le gouvernement de Front Populaire de la République de ce pays. Les enjeux de la tragédie de la République espagnole laissent alors peu de monde indifférent.

 

Disposant d’une expérience militaire acquise dans la Légion étrangère, Marcel MAIGROT s’engage en octobre 1936 dans les BI Il dira plus tard, « c’était le moment de faire quelque chose pour l’ouvrier… »

 A ses débuts, cette guerre sera surtout perçue par l’opinion publique comme une guerre civile. Un affrontement entre la République et la rébellion franquiste.  Mais cette perception restrictive du coup d’Etat de la droite espagnole contre le gouvernement de Front Populaire, issu des élections de 1936, sera assez vite invalidée par l’entrée en scène de nouveaux acteurs : en effet, ce coup d’Etat révèlera très vite les complicités, la nature et l’ampleur de la conspiration contre la République espagnole. Des événements qui surviennent dans un monde alors en crise, porteurs de graves menaces.

Dès le mois d’août 1936, en dépit des accords dits de « non intervention », l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, soutiennent activement les troupes de Franco. Hitler, Mussolini et Salazar font parvenir à Franco des avions, des mercenaires, des armes lourdes, des blindés sans parler du soutien diplomatique. Assuré de ces complicités, de ces appuis, Franco proclame qu’il prendra Madrid avant le 12 octobre 1936 !

Le sursaut du peuple espagnol contre ce coup d’Etat et la résistance que celui-ci lui opposera dans la plupart des grandes villes espagnoles, conduira à mettre en évidence les concours actifs et les complicités sur lesquels Franco s’est appuyé dès le début du soulèvement contre la République espagnole. L’aide massive qui sera fournie par les fascistes allemands et italiens aux rebelles fit de la guerre d’Espagne le premier théâtre d’opérations de la seconde guerre mondiale. Il est aussi d’usage de dire que la guerre d’Espagne fut l’antichambre de la seconde guerre mondiale. La passivité des pays « démocratiques » dont la France et l’Angleterre, « indignent » alors, et interpellent les démocrates et les antifascistes du monde entier à l’instar de Marcel MAIGROT.

 

Le gouvernement de Front Populaire espagnol demandera l’aide de la France dès la fin du mois de juillet 1936. Invoquant les pressions exercées par l’Angleterre  et la City en particulier, Léon Blum, Président du Conseil du gouvernement Français, après avoir donné l’impression, dans un premier temps, qu’il aiderait la République espagnole, se résoudra, finalement, après bien des tergiversations, des atermoiements, à adopter la politique dite de « non intervention ». C’est la France qui proposera la formule. C’est dans ce contexte et dans ces conditions que seront créées, par décret de la République espagnole, le 22 octobre 1936, les BI dont nous allons commémorer cette année, en octobre prochain, le 75ème anniversaire à Paris, à Madrid, à Albacete et à Barcelone.

 

Marcel MAIGROT fera partie des premiers volontaires engagés dans les BI. A la base internationale d’Albacete, au vu de ses états de service militaires, il sera affecté dans la cavalerie.

Les BI étaient majoritairement composées de travailleurs manuels et intellectuels. Les volontaires recouvraient l’arc-en-ciel des sensibilités de l’antifascisme mondial : des syndicalistes, des sans parti, des socialistes et des communistes généralement en plus grand nombre. On en comptera 35.000, accourus d’Europe et d’Amérique pour défendre la jeune République espagnole attaquée par les troupes franquistes, les unités militaires d’élite de l’Allemagne hitlérienne (la légion Condor) et de l’Italie Mussolinienne(les flèches noires). « Levés avant le jour » pour paraphraser Arthur LONDON, ces volontaires avaient intuitivement compris et pressenti ce qui se jouait en Espagne, conscients pour la plupart d’entre eux, pour les français notamment, qu’en défendant l’Espagne républicaine, ils protégeraient leur pays. Ces hommes et ces femmes qui affluent du monde entier (ils venaient de 53 pays)  pour se battre aux côtés des républicains espagnols sont français, chèques, américains, italiens, allemands, cubains etc.. Ils ont tout quitté, laissant derrière eux  travail, et famille. Sur les 9500 volontaires français engagés dans les BI, 3500 reposent en terre d’Espagne. Sur un total de 35000 volontaires, 10.000 d’entre eux feront le sacrifice de leur vie en Espagne républicaine.

 

Dans les faits, c’est bien d’une immense et multiforme solidarité internationale avec l’Espagne républicaine qui se mettra en place partout dans le monde :

  • solidarité sanitaire et médicale (des médecins, des infirmières, des chirurgiens se rendent en Espagne avec du matériel et des médicaments),
  • solidarité syndicale : on achemine des véhicules, des vêtements, des  vivres,
  • solidarité humanitaire : on collecte de l’argent, du lait en poudre, de la nourriture pour les enfants, etc.

Tout cela est coordonné depuis les banlieues ouvrières de Paris (Montreuil, Bagnolet, Ivry sur Seine  etc.…) par le « Comité international d’aide au peuple espagnol).

 

En outre, des avions et des armes passent en France avec la complicité de quelques membres du gouvernement français (Pierre Cot…) et les bateaux de « France Navigation » qui font la navette entre l’URSS et l’Espagne.

 

Mais, bien sûr, la solidarité majeure c’est l’engagement dans les Bi, le recrutement de volontaires pour lesquels la France, et Paris en particulier, jouent le rôle de plaque tournante. A Paris, le bureau de recrutement central était situé rue Lafayette, non loin du siège parisien du PCF, tandis que la Maison des syndicats, rue Mathurin Moreau, devenait le plus important lieu de sélection des volontaires. C’est de là que serait parti Marcel Maigrot, en octobre 1936 avec sa feuille de route pour Albacete, la base internationale ;

 

En décembre 1936, poursuivant leur avancée vers le nord en direction de Madrid, les franquiste enfoncent les lignes républicaines en Andalousie. Avec les premières unités de la XIVème Brigade alors en formation, Marcel MAIGROT  rejoint le front d’Andujar. L’objectif assigné à la XIVème Brigade est de stopper la progression des fascistes. Son premier engagement a lieu au milieu des oliviers pour tenter de reprendre aux franquistes le village de Lopera près de Cordoue .Près de 800 combattants de la XIVème Brigade périront dans cet engagement.

 

En janvier 1937 l’escadron de cavalerie de la XIVème  Brigade dans lequel il est affecté est engagé dans la contre-attaque républicaine de Las Rosas. Le parcours de Marcel MAIGROT pendant la guerre d’Espagne sera pratiquement celui de toutes les grandes batailles de la République dans lesquelles les Brigades ont été engagées :

  • La défense de Madrid avec la bataille du Jarama en février 1937,
  • Contre l’offensive franquiste en Biscaye en Mars 1937,
  • Contre l’offensive franquiste en Aragon en mars 1938,  à Caspe,
  • En juillet 1938 son unité de cavalerie est engagée dans l’offensive de l’armée républicaine pour la traversée de l’Ebre. Sur les 1000 combattants des unités de la XIVème Brigade qui ont réussi à traverser l’Ebre le 25 juillet 1938, seule une centaine de combattants reviendront.

Après la démobilisation des BI à Barcelone en novembre 1938 et la défaite militaire de la République espagnole en mars 1939, les événements politiques et militaires se précipitent en Europe Hitler, Mussolini et Franco exultent et savourent leur victoire sur les décombres de la République espagnole. Hitler se prépare désormais à envahir la Pologne conformément à ses desseins.

 

De retour à Paris  Marcel MAIGROT est mobilisé en 1939. Il connaîtra les durs moments de la débâcle et de l’humiliation de l’armée française en juin 1940.Il ne se  résoudra pas à la défaite et à l’occupation. Il entrera en contact avec la Résistance. Il rejoindra les FTP (Franc Tireurs et Partisans) à St Nazaire. Après la guerre, Marcel MAIGROT s’établira à Nantes et travaillera comme docker sur le port. Il sera membre de l’AVER. (Amicale des Volontaires en Espagne Républicaine).

L’hommage que nous rendons aujourd’hui à Marcel MAIGROT s’adresse,égalment, à travers lui, à tous les autres volontaires venus de France et du monde entier pour témoigner et exprimer concrètement leur solidarité active avec la République espagnole, dans sa résistance contre le fascisme.

L’hommage que nous rendons à Marcel MAIGROT c’est aussi un hommage au courage, au dévouement et à l’attachement aux valeurs de la République, de la démocratie et de la paix. Ce n’est qu’en décembre 1996 que la République française accordera aux Brigadistes français la qualité d’ancien combattant à l’occasion du transfert des cendres d’André Malraux au Panthéon Aujourd’hui, l’ACER s’attache à préserver le souvenir et la mémoire de ces volontaires, de ces femmes et de ces hommes dont le récit constitue la trame de l’épopée des BI.

Il nous faut retenir le sens de l’engagement qui fut le leur. Fidèle à l’exemple de nos aînés, à  cette mémoire, l’ACER et tous nos amis ont à cœur de porter et de faire partager les idéaux qui fondaient cet engagement : l’antifascisme, l’internationalisme, la démocratie et la  solidarité.

 

Comme nous le répétons  souvent, il ne s’agit pas pour nous d’une mémoire repliée sur le seul souvenir, non, mais d’une mémoire prenant appui sur le souvenir pour construire les luttes et les résistances d’aujourd’hui et de demain. La mémoire est un combat qui se conjugue au présent et qui fait le lien avec les enjeux sociaux et politiques d’aujourd’hui. Ne nous y trompons pas. Comme hier, dans sa version new-look des dogmes du libéralisme économique, le capitalisme mondialisé traverse une crise d’une ampleur inédite. Le désarroi et le désespoir social du monde du travail et des classes moyennes que provoque cette crise s’accompagnent de la résurgence partout en Europe de la xénophobie et des idéologies d’exclusion de droite et d’extrême droite, en un mot, d’une nouvelle montée des périls. Cette situation doit interpeller les consciences et tous les progressistes. S’il est un enseignement à retenir de l’épopée des anciens d’Espagne et de la Résistance, c’est bien que le verbe « résister » doit se conjuguer au présent.

Il est, en effet, urgent de développer les résistances d’aujourd’hui pour sauvegarder les avancées du CNR (les acquis d’entre aide et de solidarité)et pour refuser « l’inhumanité » des conceptions économiques et politiques d’une société dite « de la concurrence libre et non faussée » assujettie à la dictature des marchés financiers et à ses dogmes ; Un monde, en Europe et dans le monde de plus en plus attentatoire à la démocratie et à nos libertés. Il est urgent d’agir pour une « humanité » reposant sur la justice sociale, la démocratie, les libertés et la paix.

Remettons au grand jour l’action et les valeurs d’engagement de nos aînés des BI et de la Résistance. C’est bien de cela dont il s’agit encore aujourd’hui.

C’est le plus bel et le plus grand hommage que nous puissions rendre à Marcel MAIGROT et à tous ses camarades des BI et de la Résistance.

Soyons dignes de l’engagement et des combats qui ont été les leurs pour un monde meilleur, plus fraternel, pour la démocratie et la liberté.

Pour conclure cette intervention je voudrais remercier Manuel DURAN, délégué régional de l’ACER, Jean-Claude BREMAND, ainsi que tous ceux qui ont concouru à l’organisation de cet hommage à Marcel MAIGROT : l’ARAC, Joël BUSSON, Président du Comité du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance.

 

Je vous remercie de votre attention.

 

                                                       

 

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